Culpabilité après un deuil : Pourquoi ressent-on de la culpabilité après la perte d’un proche ?
- Ingrid Haberfeld

- 24 févr.
- 4 min de lecture
Parfois, au milieu de la tristesse et du manque ressentis lorsque l’on perd quelqu’un que l’on aimait, une autre émotion surgit, plus déroutante : la culpabilité. Elle peut être envahissante. Pourquoi ressent-on cette culpabilité après un décès ? Et surtout, est-elle « normale » ? Je vous explique tout.

1. La culpabilité des « si seulement… »
Après la perte d’un proche, le mental cherche à comprendre.
Alors, dans notre tête, apparaissent les phrases :
« Si j’avais insisté pour qu’il consulte… »
« Si j’avais été plus présente… »
« J’aurais dû m’apercevoir qu’il n’allait pas bien… »
Ca m’est arrivé.
Mon conjoint est brutalement décédé d’un infarctus massif. Depuis quelque temps, j’avais remarqué qu’il avait des "coups de chaud” soudains. Je n’ai compris qu’après que cela venait de son cœur qui s’emballait. Pendant des mois, je me suis répété : « j’aurais dû comprendre que ce n’était pas normal, j’aurais dû le pousser à voir un médecin ».
Pourquoi cette culpabilité est très fréquente ? Lorsque la personne était malade, on se reproche parfois de ne pas avoir su interpréter un signe d’alerte, de ne pas avoir vu qu’elle n’allait pas bien, de ne pas avoir été assez attentive. On redoute d’avoir, d’une manière ou d’une autre, contribué au drame.
La culpabilité donne l’illusion du contrôle. Si c’est « de ma faute », alors peut-être que j’aurais pu empêcher ce qui s’est passé.
2. La culpabilité d’être encore en vie
C’est ce que l’on appelle la « culpabilité du survivant ».
Elle se manifeste par des phrases comme :
« Pourquoi lui et pas moi ? »
« Je continue à vivre, à rire parfois… et lui non ».
Certaines personnes ressentent même de la honte lorsqu’un moment de joie surgit. Voire s’empêche d’avoir des moments de plaisir.
Récemment, une patiente m’a confiée : « La première fois que j’ai ri après le décès de mon mari, je me suis sentie monstrueuse ».
Comme si continuer à vivre signifiait trahir l’amour porté à la personne disparue.
3. La culpabilité liée aux relations imparfaites
Toutes les relations ne sont pas simples : il peut y avoir des non-dits, des conflits, des prises de distances, des réflexions que l’on garde « en travers ». On se dit qu’on aura le temps d’en reparler.
Sauf que le décès fige la relation et ne laisse plus aucune possibilité de réparer, d’expliquer, de s’excuser.
Une patiente m’a raconté que la semaine précédant le décès de son fils, ils s’étaient disputés. « Ce n’était pas important, mais ça m’avait agacé. J’ai eu des mots durs. Je voulais lui en reparler plus tard, m’excuser aussi. Je ne pensais pas que je n’en aurais plus jamais l’occasion ».
4. La culpabilité d’être soulagée
Celle-ci est très taboue. Pourtant, elle existe.
Lorsqu’un proche a souffert longtemps, lorsqu’on a accompagné une maladie difficile, il arrive qu’un sentiment de soulagement apparaisse après le décès.
Et immédiatement, la culpabilité surgit :
“Comment puis-je ressentir cela ?”
Mais ressentir du soulagement ne signifie pas ne pas aimer.
Cela signifie simplement que la souffrance, la sienne et parfois la nôtre, a pris fin.
5. La culpabilité après un deuil est-elle « normale » ?
Ma réponse est claire : OUI
Même si, on l’a vu, la culpabilité après un deuil peut prendre de multiples formes, au fond, elle révèle une seule et même question : le décès de mon enfant, de mon conjoint ou de mon parent était-elle inévitable ?
On passe des mois, voire davantage, à reprendre le film des évènements : on cherche un détail, une preuve, une explication qui pourrait confirmer ou infirmer nos hypothèses.
Et comme la notion de « faute » est étroitement associée à celle de « punition », alors on se punit.
Cela peut prendre plusieurs formes :
se montrer extrêmement dure envers soi-même
s’interdire tout bonheur
refuser toute possibilité de retour à une vie heureuse.
Et parfois, la culpabilité n’entraine pas de souffrance…
Au contraire, elle permet de maintenir le lien avec la personne disparue. « Avoir mal à cause de (ou grâce à) la culpabilité permet de maintenir une relation étroite avec le défunt », explique le Dr. Christophe Fauré, psychiatre, dans son livre « Vivre le deuil au jour le jour » (Eds. Albin Michel).
A force, on redoute même d’aller mieux, pensant que cela risque de nous faire oublier la personne aimée.
6. Comment apaiser cette culpabilité ?
Il n’y a pas de solutions toute faite pour aller mieux.
La 1ère chose à faire, c’est d’en parler… Mais pas à n’importe qui !
L’entourage, tout bienveillant soit-il, aura souvent tendance à vouloir rassurer par la logique :
« Mais non, tu n’y es pour rien »
« ne t’en veux pas, tu ne pouvais pas savoir »
« tu n’es pas médecin, tu ne pouvais rien faire ».
Or, ce n’est pas la bonne façon de procéder : la culpabilité doit être écoutée, accueillie, exprimée, encore et encore.
La clé est de mettre des mots sur le ressenti car nommer cette émotion, c’est s’en libérer petit à petit, c’est en « user » progressivement l’intensité.
C’est à partir de là que le travail de deuil pourra continuer et que l’apaisement devient possible.
Conclusion
Si vous ressentez de la culpabilité depuis la perte d’un proche, vous n’êtes pas seule.
Cette émotion, aussi douloureuse soit-elle, fait partie du chemin.
Avec le temps, le soutien, et parfois un accompagnement adapté, il est possible d’apprendre à l'apaiser.
Si vous ressentez le besoin d'être accompagnée, je vous propose de réserver une séance découverte. Cela nous permettra d'échanger toutes les deux et de voir ensemble comment je peux vous accompagner.




Commentaires